CNFG

Comit National Fran ais de G ographie

- Discours du président lors de la remise du prix de thèse 2011

Discours d’Alain Dubresson, président du CNFG, lors de la remise du Prix de thèse 2011 au FIG.

Monsieur le ministre, Monsieur le maire, président fondateur du FIG, cher Christian Pierret

Monsieur le président de l’ADFIG, cher Jean-Robert Pitte,

Monsieur le Président du Festival

Mme notre grand témoin

Chers collègues, chers amis

Mesdames, Mlles, Messieurs,

Le prix de thèse du Comité National Français de Géographie, le CNFG, doté de 1000 euros, ainsi que les 2 accessits, dotés chacun de 500 euros, récompensent depuis 2003 des jeunes docteurs ayant soutenu leur thèse l’année précédent celle du Festival international de Géographie. Nous honorons donc aujourd’hui trois géographes de talent représentant une jeune génération dont il faut ici souligner la qualité des travaux.

Ces récompenses ont en effet une valeur bien supérieure à leur seule dotation financière, une valeur d’ordre scientifique.

Elles émanent d’abord du CNFG, créé en 1920 à l’initiative de l'Académie des Sciences. Le CNFG n’est évidemment qu’un « être de court terme » à côté de Toumaï, de Lucy et de leurs descendants, ces grands marqueurs de l’Humanité qui montrent à leur manière que l’Afrique est dans l’Histoire et depuis fort longtemps, de même que les  sociétés africaines actuelles n’ont pas attendu les leçons et injonctions venues d’Occident pour être en mouvement, produire, échanger et façonner leurs espaces à leur manière et à leur rythme.

Le CNFG représente la communauté géographique française auprès de l’Union Géographique Internationale (l’UGI). A ce propos, permettez-moi de saluer chaleureusement notre collègue le Porfesseur Ron Abler, président de exercice de l’UGI ainsi que le Dr. Valérie Viehoff, qui sont parmi nous et préparent activement le 32ème Congrès international, lequel aura lieu à Cologne du 26 au 30 août 2012 et où les jeunes chercheurs auront une place privilégiée.

En tant que membre du Comité Français des Unions Scientifiques Internationales (le COFUSI) et du Conseil international des Sciences sociales, le CNFG est sollicité pour réfléchir aux grandes questions du XXIème siècle, à leur complexité, et pour favoriser les démarches pluridisciplinaires. Cette réflexion et ces démarches ont besoin d’innovation et de souffle prospectif. C’est pourquoi il est de notre devoir d’encourager les jeunes chercheurs, les récompenses aujourd’hui décernées étant l’une des multiples formes de cet encouragement.

Ces récompenses résultent d’une rude compétition fondée sur une procédure très sélective. Lors de sa première session annuelle, les membres de la section 23 du Conseil national des universités, instance nationale d’évaluation, sélectionnent les 10 meilleures thèses de géographie de l’année en veillant au respect de toutes les sensibilités et  de toutes les approches. Ensuite, ces thèses sont examinées puis classées par un jury composé de 10 membres dont 5 extérieurs au bureau du CNFG. C’est dire que le concours est particulièrement difficile, la plupart des thèses finalement retenues étant ensuite publiées.

A la qualité scientifique de ces thèses s’ajoute la confirmation d’une Géographie ancrée dans le monde d’aujourd’hui, qui s’est emparée des grandes questions et qui concourt à leur compréhension de manière originale, avec les spécificités que confère une démarche intégrée, ayant pris depuis longtemps ses distances avec le naturalisme et le déterminisme et qui contribue, avec d’autres disciplines, à appréhender le monde différemment. Mise à distance du naturalisme et  ouverture au monde ne sont pas une nouveauté en Géographie mais elles prennent de l’ampleur, ce qui est réjouissant : 5 des sujets des « top 10 » sélectionnés transcendent l’opposition nature-culture, 7 concernent des terrains situés en Afrique (qui n’est donc pas plus hors de la Géographie que de l’Histoire), en Asie, en Polynésie et dans les Amériques.

Les trois thèses récompensées cette année en sont une belle illustration. La première, consacrée au Mont Blanc, s’inscrit dans les nouvelles démarches qui pensent la question environnementale ‘autrement’ et de manière novatrice en mettant en corrélation le réchauffement climatique, les écroulements rocheux et les risques consécutifs pour les populations. Les deux autres terrains, Maputo, capitale du Mozambique, et New York, la métropole qui ne dort jamais, sont emblématiques de l’intérêt que les jeunes géographes portent aux mondes lusophones et anglophones et à la nécessaire confrontation avec des sociétés ‘autres’. Comme dit un proverbe ewé (Togo) : « c’est l’enfant qui n’a jamais voyagé qui affirme que seule est meilleure la sauce de sa mère ». Et dans les thèses comme dans la cuisine africaine, la sauce est essentielle.

Au nom du CNFG, je félicite les lauréats 2011 d’avoir su démontrer, aussi brillamment, pour le premier prix que la familiarité fusionnelle avec la haute montagne ne nuisait pas à l’esprit critique et inventif, pour les deux accessits qu’on peut être ‘dedans-dehors’, pour reprendre le titre du dernier ouvrage de Sophie Bessis, notre grand témoin, et faire preuve de pertinence intellectuelle. Dans la société lobi, on a coutume de dire : « nul ne connaît l’histoire de la prochaine aurore » ; en attendant, l’histoire scientifique de nos trois jeunes lauréats commence bien. « La marmite commence à bouillir par le bas », autre proverbe, igbo celui là,  et c’est de très bon augure pour la Géographie de demain.

Je vous remercie.