CNFG

Comit National Fran ais de G ographie

- Prix de thèse 2010

Prix de thèse 2010

Prix de thèse :

Laurent Gagnol, ‘Pour une géographie nomade. Perspectives anthropogéographiques à partir de l’expérience des Touaregs Kel Ewey, (Aïr, Niger)’, thèse soutenue le 30 octobre 2009 à l’université Joseph Fourier, Grenoble, direction : Pr. Olivier Soubeyran et Pr. Ibrahim Bouzou Moussa.

1er accessit

Magali Delmas, ‘Chronologie et impact géomorphologique des glaciations quaternaires dans l’est des Pyrénées’, thèse soutenue le 24 novembre 2009 à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, direction : Pr. Charles Le Cœur

2ème accessit

Marion Charbonneau, ‘Gestion des ressources et peuplement des espaces pastoraux au défi de la modernité. Le cas des pasteurs de la Puna péruvienne’, thèse soutenue le 8 décembre 2009 à l’université de Pau et des pays de l’Adour, direction :  Pr. Yves Poinsot

Discours d’Alain Dubresson, président du CNFG, lors de la remise du Prix de thèse 2010 au FIG.

Monsieur le ministre, Monsieur le maire, président fondateur du FIG, cher ami,

Monsieur le Délégué interministériel à l’information et à l’orientation, président de l’ADFIG, cher Jean-Robert Pitte,

Monsieur le Président du 21è FIG

Mme le grand témoin

Chers collègues, chers amis

Mesdames, Mlles, Messieurs,

Le prix de thèse du Comité National Français de Géographie (le CNFG), doté de 1000 euros, ainsi que les 2 accessits, dotés chacun de 500 euros, récompensent depuis 2003 des jeunes docteurs ayant soutenu leur thèse l’année précédent celle du Festival international de Géographie. Nous honorons donc aujourd’hui, pour la 8ème année consécutive, trois géographes de talent représentant une jeune génération dont il faut ici souligner la qualité des travaux.

Ces récompenses ont en effet une valeur bien supérieure à celle leur seule dotation financière, une valeur d’ordre scientifique.

Elles émanent d’abord du CNFG, qui, je le rappelle, a été créé en 1920 à l’initiative de l'Académie des Sciences, et qui représente la communauté géographique française auprès de l’Union Géographique Internationale (l’UGI). A ce propos, permettez-moi de saluer très chaleureusement nos collègues Ron Abler, président de l’UGI et Vladimir Kolosov, vice-président de l’UGI qui sont parmi nous et préparent activement le 32ème Congrès international, lequel aura lieu à Cologne du 26 au 30 août 2012 et où les jeunes chercheurs, je le sais, auront une place privilégiée.

En tant que membre du Comité Français des Unions Scientifiques Internationales (le COFUSI) et du Conseil international des Sciences sociales, le CNFG est l'une des instances les plus sollicitées pour favoriser les échanges entre des disciplines dont la classification renvoie soit aux sciences de la nature, soit à celles de la société, distinction qui repose, on le sait, sur une histoire et une cosmologie opposant nature et culture et dont Philippe Descola, président du Salon du livre 2010, a relativisé l’universalité. De janvier 2007 à décembre 2009, les diverses manifestations de l’Année internationale de la Planète Terre, initiée par l’Union internationale des Sciences géologiques et l’Unesco, et auxquelles le CNFG a été étroitement associé, ont ainsi montré à quel point les croisements de regards, voire les hybridations, étaient indispensables pour rendre intelligibles la complexité des grands problèmes auxquels nous sommes confrontés et pour progresser sur de nouveaux chemins de la connaissance.

 

Pour ce faire, l’un de nos devoirs est d’encourager les jeunes chercheurs, les récompenses aujourd’hui décernées étant l’une des multiples formes de cet encouragement.

Ces récompenses résultent, je le souligne également, d’une rude compétition fondée sur une procédure très sélective. D’abord, lors de sa première session annuelle, les membres de la section 23 du Conseil national des universités, instance nationale d’évaluation, sélectionnent les 10 meilleures thèses de géographie de l’année en veillant au respect de toutes les sensibilités et

de toutes les approches. Ensuite, ces thèses sont examinées puis classées par un jury composé de cinq membres extérieurs au bureau du CNFG et de 5 membres de ce bureau. C’est dire que le concours est particulièrement difficile, la plupart des thèses finalement retenues étant ensuite publiées.

A la qualité scientifique de ces thèses s’ajoute la confirmation d’une Géographie ancrée dans le monde d’aujourd’hui, qui s’est emparée des grandes questions et qui concourt à leur compréhension de manière originale, avec les spécificités que confère une démarche intégrée qui, elle aussi, a pris ses distances avec le naturalisme, l’a mis en débat à sa manière, et qui contribue à penser le monde autrement. Les Dieux sont sans doute facétieux, puisque cette année, 2 des 3 thèses primées portent sur des sociétés ‘autres’, l’une au Niger, l’autre au Pérou, où les rapports de réciprocité nature-culture, si tant est que cette distinction soit pertinente, sont également ‘autres’, la troisième thèse inscrivant sa préoccupation environnementale dans le temps long du quaternaire.

La temporalité et l’altérité sont des questions essentielles pour les Géographes.

Comme l’ont souligné tous les débats du festival, la planète Terre a de mécanismes de réactions et de régulation physiques que les sociétés humaines doivent apprendre à mieux connaître. Il faut donc demeurer humble devant la complexité de la planète et inscrire toute démarche scientifique dans le temps long. L’Histoire de la planète, en effet, n’a pas été un long fleuve tranquille depuis 4,5 milliards d’années et les mécanismes régulateurs ne peuvent être compris hors de la durée

Quant à l’altérité, permettez-moi de revenir sur ce qu’écrivait en 2007 Paul Pélissier, l’un des géographes les plus féconds, qui nous a hélas quitté cette année, je cite

« La mondialisation, c’est-à-dire l’unification du monde, n’est pas, et ne doit pas être, son uniformisation. Je crois au contraire que la mise en valeur des spécificités des milieux tropicaux comme la connaissance et le développement des sociétés tropicales doivent enrichir la pluralité des identités géographiques et par conséquent des cultures. C’est là mon utopie. Et ma manière de faire écho à la leçon de ce grand monsieur disparu il y a quelques semaines, l’anthropologue et philosophe Jean-Pierre Vernant : ‘pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont ‘».

Au nom du CNFG, je félicite les lauréats 2010 d’avoir su démontrer, aussi brillamment, que si la ‘République a besoin d’Histoire’, pour reprendre le titre d’un ouvrage récent du président de ce 21ème FIG, elle a aussi besoin de Géographie.

Je vous remercie.